GROUNDATION
jan 15, 2010 INTERVIEWS
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street-shuffle
Considéré par beaucoup comme la référence reggae actuelle, Groundation fête avec « Here I am », son huitième album, ses dix ans de carrière. Dix ans au cours desquels ils ont su réinventer, sans jamais le trahir, le roots reggae en y mêlant des sonorités jazz.
Nous avons rencontré Harrison Stafford et Marcus Urani, deux des trois fondateurs du groupe, lors de leur passage à la Coopérative de Mai, dernière date de la tournée.

$treet-$huffle : Est-ce que vous pouvez nous présenter Groundation ?Marcus Urani : On s’est rencontré en Californie, à l’université de Sonoma State où on étudiait le jazz. Il y avait Harrison, Ryan à la basse et moi. C’est nous trois qui avons fondé Groundation, c’était en 1998. On avait tous joué dans différents groupes et ce qui nous rapprochait c’était cette envie de créer notre propre musique, de faire avancer les choses.

$$ : Vous avez étudié le jazz mais vous avez toujours fait du reggae, pourquoi ?
MU : C’est ce que je voulais dire par « créer notre propre musique », nous voulions faire quelque chose qui nous ressemble.
Harrison a passé beaucoup de temps en Jamaïque quand il était plus jeune. Il avait de bonnes connaissances des différents mouvements là-bas.
Harrison vient du reggae, Ryan et moi venons du jazz. Je pense que tout était déjà là, du moins la base.
$$ : Sur vos albums vous avez toujours des guests emblématiques du reggae comme Don Carlos ou Apple Gabriel, pour Here I Am ce sont entre autres les Congos au complet, comment avez-vous fait ?
Harrison Stafford : Ce ne fut pas très difficile. Quand ils ont écouté notre musique, ils ont compris que notre projet était sérieux et que nous nous engagions dans ce dans quoi eux s’étaient engagés durant toute leur vie. Ils n’auraient pas participé au projet si nous avions été des débutants, si le niveau des musiciens n’était pas très bon, si la qualité du son n’était pas au rendez-vous et si la concentration n’était pas là. Une fois qu’ils ont compris que tout était présent dans le groupe, ils ont aimé. Je connais bien Cedric Myton, le chanteur des Congos, je l’ai fréquenté bien avant Groundation. J’ai rencontré Pablo Moses lors de l’une de ses tournées aux Etats-Unis et notre relation s’est vraiment solidifié lorsque nous avons fait « Pave the way » avec lui, il est également apparu sur notre album « Upon the bridge »
Nous n’avons jamais forcé quoi que ce soit, c’est toujours le bon morceau ou la bonne musique pour eux. « Time come » c’est avec les Congos, nous l’avons enregistré avec tous les membres du groupe réunis, en Jamaïque. Pour « Hebron Gate », Cedric était venu chanter et à ce moment là ils s’étaient tous éloignés : ils ne tournaient plus ensemble et se voyaient peu. C’était donc l’occasion de les revoir en studio comme avant.

$$ : La spiritualité est prépondérante dans les textes, les thèmes du rastafarisme sont très présents, est-ce un moyen de s’inspirer ou une réelle implication dans cette religion ?
HS : Le rastafarisme est une source d’inspiration, mais comme tout ce qui nous entoure. Je ne vois pas ça comme une religion mais plutôt comme un style de vie : comment tu prends soin de toi, comment tu manges, comment tu respires, comment tu vis, comment tu échanges avec les gens, comment tu vois la vie, …
C’est généralement positif pour les gens qui s’y intéressent. On peut aisément se perdre dans les clichés que sont la ganja, le coté cool avec les dread locks mais ceux qui portent des dread locks et fument de la ganja ne sont pas forcément bons et ne te traiteront pas comme un rasta le ferait. La religion est très dangereuse : que ce soit le catholicisme, le judaïsme ou l’islam, ils te disent « C’est comme ça, voici le chemin, fais ça comme ça »… Je reste persuadé que la spiritualité est en chacun de nous et elle doit être défini de la manière dont chacun le souhaite. Certains ne la définiront même pas du tout. On peut même être athée et avoir une spiritualité et toujours avoir cette connexion avec le monde, avoir cette idée que nous faisons tous partie de quelque chose de plus grand. Personne ne peut nier qu’à partir d’une toute petite chose, tout est apparu et que nous en faisons partie. Nous ne sommes pas un groupe qui prêche le rastafarisme, nous avons des thèmes proches des rastas, souvent tirés de la Bible où l’on retrouve plusieurs religions. Nous ne sommes pas là pour convertir les gens. Si tu veux appeler ton Dieu ou ton esprit supérieur d’une certaine façon, fais-le. Apprécions la compagnie de chacun, revenons vers notre unité.
$$ : Tu as lancé un projet de reportage, « Holding on to Jah », sur les origines du reggae, comment est né ce projet ?
H.S : J’ai enseigné l’histoire du reggae dans l’université où l’on s’est rencontré, Sonoma State. Je pense que c’est important de parler du reggae dans l’Histoire et la Culture de la Jamaïque. J’ai l’impression que son influence sur le monde est très grande, même si les gens ne le réalisent pas forcément. Par exemple, quand ils voient un drapeau vert, jaune et rouge, ils pensent que c’est celui de la Jamaïque… Aussi, le visage et le nom de Bob Marley sont visibles partout dans le monde.
Le reggae c’est bien plus que ça, mais de quoi s’agit-il vraiment ? C’est pour ça que j’ai commencé à donner des cours et les étudiants les ont vraiment aimé.
Concernant le reportage, j’ai voulu faire simple et facile, pour que tout le monde puisse comprendre. Pour répondre à la question, ce projet est né de mon envie de répondre aux questions qu’on me posait : C’est quoi cette histoire de reggae ? C’est quoi les rastas ? Pourquoi ça t’intéresse ? Regarde « Holding on to Jah » et tu auras toutes les réponses.

$$ : Une date de sortie ?
H.S : Ce sera dans les festivals de film en 2010, nous l’avons envoyé à Sundance, Berlin, Cannes et bien d’autres. Nous espérons être retenus dans le plus possible. Il sortira en DVD, un jour, après les festivals.
$$ : Le graphisme est un de nos sujets de prédilection, vos pochettes sont toujours très travaillées, comment sont elles réalisées ?
M.U : C’est Giovanni Maki, qui est un ami de longue date d’Harrison. C’est un grand artiste et c’est facile pour nous de communiquer avec lui. On lui fait écouter nos morceaux quand on répète, il est présent durant l’enregistrement des albums et toute la phase de conception de la musique.
H.S : Il écoute les enregistrements, les répétitions ainsi que tout ce que nous écoutons. C’est la seule personne extérieure au groupe à pouvoir faire ça.
C’est un maître. Nous essayons tous de devenir des maîtres, d’apprendre la musique et de retranscrire nos émotions dedans, il est comme nous pour cela.

$$ : C’est le dernier concert de votre tournée, comment le public a-t-il réagi à votre dernier album ?
M.U : Très bien, vraiment très bien.
H.S : On vient de faire quatre concerts en Allemagne, on y avait déjà joué plusieurs fois avant mais cette fois vraiment on s’est dit (avec un large sourire de satisfaction, ndlr) « OK, ils ont compris, ils ressentent les vibrations ». Sur trois des quatre concerts, après les rappels, les lumières de la salle se sont rallumées, un sound system diffusait de la musique, les roadies débranchaient le matériel mais le public ne partait pas. Il restait 5 voire 10 minutes après la fin en hurlant et applaudissant… (Marcus acquiesce en riant, ndlr) Alors on s’est dit « Il faut y retourner, on rebranche tout et on continue », trois fois sur quatre tu imagines ? Les gens ne partaient pas, ils nous disaient « On ne partira pas tant que nous n’aurons pas plus de Groundation »…
Nous avons compris qu’il fallait du temps pour apprécier ce nouvel album. La première et même la deuxième écoute ont perturbé plus d’une personne. C’était dur à digérer car il est assez différent. Mais après plusieurs écoutes, on commence à mieux l’appréhender et à l’apprécier. Beaucoup nous ont dit qu’ils n’avaient pas aimé à la première écoute et que finalement, en prenant le temps de le réécouter, ils le perçoivent comme notre meilleur album.
$$ : Je comprends ça car moi-même j’ai encore du mal à l’apprécier…
H.S : Alors écoute-le encore et tu finiras peut-être par comprendre et par l’aimer.
On a continué à avancer, nous voulons grandir et évoluer. Nous recherchons toujours un nouvel angle pour aborder la musique, on ne veut surtout pas se répéter.
Ce n’est pas parce que certains préfèrent « Hebron Gate » que nous allons refaire le même chaque fois. Beaucoup de groupes font ça, ils ont leur son et ça perdure d’album en album.
M.U : Il faut évoluer, le prochain album sera sans doute encore plus différent… Il y a tant de choses que l’on peut faire et que l’on veut faire mais nous n’avons pas forcément le temps. Nous continuons toujours à réfléchir aux différentes possibilités pour faire avancer notre musique.
$$ : On attend le prochain avec impatience alors.
H.S : Nous aussi ! Sur « Here I am », il y a un morceau entièrement instrumental, une chanson a une intro de 2min30 avec une polyrythmie très jazz et du mélange de genre, il y a des solos de batterie, etc… Ce sont des caractéristiques que l’on ne retrouve pas forcément dans des albums de reggae classiques, et même dans la musique en général. C’est peut être pour ça qu’il faut plus de temps pour comprendre ce que tout ça fait là.
Mais en même temps, quand on joue du reggae roots, j’ai le sentiment que c’est plus pur et plus solide qu’avant. Sur « Here I am », outre les passages atypiques dont je parlais, il y a de vrais passages roots, et c’est le meilleur que l’on ait jamais fait.
Interview et traduction: Xav
Photos: Nicolas Auproux
Pochettes: Giovanni Maki
Tags: coopérative de mai, groundation, here i am, interview groundation, jazz, reggae












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